Ce projet a été réalisé par Isabelle Massu dans le cadre d'une résidence à Kawenga territoires numériques, à Montpellier.  Il a bénéficié d'une aide à la création multimédia Région/DRAC Languedoc-Roussillon. Developpement du site : Timothée Rolin

Déplacer les éléments, ré-assembler les histoires, agencer la mémoire, perpétuer les attachements, disposer les affinités, détourner les corps les uns des autres, retourner les valeurs, structurer les petits arrangements, radiographier les week-end, afficher les dissimilitudes, accorder les violons, orchestrer le quotidien, planifier les rencontres, inventorier les évidences, classifier les classes, scrutiner les  représentations, interférer les douleurs,  tramer les colères, sécuriser les peurs, syndiquer les baisers, sourire aux corrélations, recomposer les familles, hiérarchiser les liaisons, attribuer les légendes, disséquer les rituels, tel est l'ouvrage de l'iconopathe qui va petit à petit peindre et dépeindre ses séries de retables organisés selon les 37 catégories établies par  The Family of Man.


La grande Famille des hommes
Années 1950 : premières constitutions d’albums dans les foyers, les clichés se multiplient, se délocalisent, commencent à s’échanger. Les appareils se démocratisent, on ne part plus en vacances sans son Kodak, on documente son petit monde, tandis que d’autres plus professionnels s’occupent du grand, observent, recueillent et donnent à voir les lointains exotiques. Les expositions photographiques se multiplient, on montre le tout et l’intime, les grands photographes humanistes  donnent le ton, celui de dire le monde en image. En 1955 l’exposition Family of Man organisé par le Musée d’art moderne de New York  dresse un portrait de l’humanité qui entend dire notre appartenance à une même grande famille. L’exposition s’organise autour de 37 grands thèmes : l’amour, la naissance, le travail, la famille, l’éducation, les enfants, la guerre et la paix… Il s’agit de montrer l’universalité de l’expérience humaine, mais aussi la formidable capacité de la photographie à rendre compte de cette expérience. Aujourd’hui cette grande famille  s’est indéniablement élargie, mais elle s’est aussi appropriée les outils de représentation. Notre quotidien pénible est immortalisé sur internet. Le cousin éloigné se chargera d’y faire de la Really Simple Syndication, des raccourcis clavier, des liaisons dangereuses. En retour  d’autres membres de la famille implémentent, participent, collaborent, tissent la toile et se sentent doté d’une fonction imparable, celle de fabriquer du sens. Pas trop isolés les uns des autres, pas trop proches non plus, on aime faire partie de cette famille-là.  On s’y retrouve on s’y complait on se conforte dans nos similitudes au sein de cette grande tribu impalpable. On s’offre des cadeaux à tous vents, du fond d’écran à la carte postale, un choix difficile parmi les 106118 couchers de soleils, 222 767 chevaux, 160669 bébés et 322796 mariages archivés.

Une des famille les plus populaire est La famille Google. Elle a un album et il s’appelle Picasa. Le père créateur aspire au droit au logement et offre des hébergements gratuits à toutes les familles sans abri. Il fonde en prime une économie solidaire, en instaurant un système d’échanges et de partage au sein de la « communauté ». Tout le monde à libre accès à la vie du voisin tant et si bien qu’on encourage le partage en y interdisant la reproduction. Tout le monde a le droit à la parole sans jamais la prendre. Un vrai outil démocratique. Une sorte d’inventaire cyclopéen qui reprend à la lettre le projet de Family of Man.   Mariages et naissances restent le moteur des trouvailles et des retrouvailles. On met à poil le quotidien, l’intimité a les yeux rouges, Ma cousinade, Mon chien, Ma cuisine. On ne prend plus la peine de toucher, de retoucher non plus, tout est copie cachée, tout est copie conforme. Tout est du vrai. On déverse des kilobytes de données et on participe au présent. Au collectif, à la communauté bienveillante, à la grande famille des hommes qui, respectueuse des normes, s’auto-censure, s’auto-représaille, enfreint mon copyright, et s’auto-moucharde auprès du père Google qui a pourtant bien d’autre chats à fouetter… L’iconopathe va alors profiter de ces moments d’inattentions pour faire un peu de tri intuitif dans tout ça, et continuer à s’amuser à brouiller les pistes d’un possible sens commun.


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